[REPORTAGE] Kara / Projet HGSF : les cantines scolaires, une riche histoire pour l’éducation, la nutrition et le développement local

Le projet HGSF associe alimentation scolaire, sensibilisation à la bonne nutrition, agriculture locale et autonomisation des communautés pour offrir de meilleures perspectives aux élèves et aux petits producteurs.
Dans la région de la Kara, l’alimentation scolaire prend une nouvelle dimension. Au-delà des repas servis aux élèves, elle devient un levier de développement local, de soutien à l’agriculture et de renforcement des capacités des communautés. À travers le projet Home Grown School Feeding (HGSF), ou alimentation scolaire intégrée basée sur la production locale, le gouvernement togolais et ses partenaires expérimentent une approche qui rapproche les champs des écoles et place les producteurs locaux au cœur de la chaîne alimentaire.
L’ambition clairement exprimée est de permettre aux enfants de mieux apprendre grâce à des repas sains, réguliers et diversifiés, tout en créant des débouchés pour les productions agricoles locales et des opportunités économiques pour les familles.

Quand les productions locales nourrissent les élèves

Mis en œuvre par le gouvernement togolais avec l’appui du Programme alimentaire mondial (PAM) et le soutien financier de partenaires, notamment l’Union européenne, la coopération allemande à travers la KfW , la France et la coopération coréenne à travers Koica, selon les volets concernés, le HGSF repose sur une approche intégrée.
Il combine les cantines scolaires avec des jardins maraîchers, des activités de petit élevage, la transformation des produits agricoles, le renforcement des capacités, l’accompagnement des organisations de petits producteurs et l’autonomisation des femmes.
Dans le cadre de l’initiative soutenue par l’Union européenne, 50 écoles pilotes sont concernées : 30 dans la région des Savanes et 20 dans la région de la Kara. Cette expérience vise à faire de l’école un point de convergence entre l’éducation, la nutrition et l’économie locale.
À Kpelessida, dans la Binah, à Houloun (village de Landa), cette démarche illustre comment la mobilisation des acteurs communautaires peut contribuer à améliorer les conditions d’apprentissage et à soutenir les activités agricoles.

Un repas pour apprendre dans de meilleures conditions

Pour l’année concernée par les données du programme, 77 824 enfants des jardins d’enfants et des écoles primaires bénéficient de repas chauds et variés.
Le coût indicatif d’un repas est estimé à 190 francs CFA, dont 180 francs CFA pris en charge par le PAM et 10 francs CFA apportés par la famille. Sur une base de 170 jours de cantine, cette contribution familiale représente 1 700 francs CFA par enfant et par an.
Cette initiative participe à la création d’un environnement scolaire plus favorable. En réduisant les difficultés liées à l’accès à l’alimentation pendant la journée scolaire, les cantines contribuent à soutenir la fréquentation des classes, la concentration des élèves et leur participation aux apprentissages.
Derrière chaque repas servi se trouve également un engagement communautaire. Les femmes appelées « mamans cantines » assurent la préparation des plats et leur distribution aux enfants. Leur contribution est essentielle au fonctionnement quotidien du dispositif.

Des jardins scolaires au service de l’autonomie alimentaire

L’une des innovations du modèle HGSF est de relier directement la production agricole à l’alimentation des élèves.
Les organisations paysannes bénéficient d’un appui en semences, notamment de maïs, de haricot et de riz, ainsi qu’en engrais et en accompagnement technique. Des jardins scolaires d’environ 0,25 hectare peuvent être aménagés pour contribuer à l’approvisionnement des cantines.
Les récoltes sont destinées en priorité à la préparation des repas. Lorsque la production dépasse les besoins immédiats, les excédents céréaliers peuvent être vendus sur les marchés afin de générer des ressources complémentaires pour soutenir les dépenses des cantines.
Ce mécanisme encourage la valorisation des produits locaux et favorise les échanges entre les écoles et les producteurs de leur environnement. Il offre aussi aux organisations paysannes des perspectives de débouchés plus réguliers, tout en sensibilisant les élèves à l’agriculture et à l’importance d’une alimentation diversifiée.
La participation des enfants à la vie de la cantine constitue un autre aspect de cette approche. Les menus sont discutés avec les élèves, les enseignants, les parents et les « mamans cantines », à travers des cadres de concertation destinés à mieux prendre en compte les besoins des bénéficiaires.

Foyers améliorés et hygiène : une attention portée à la santé

Le projet ne s’arrête pas à la disponibilité des denrées alimentaires. Il prend également en compte les conditions dans lesquelles les repas sont préparés et consommés.
Dans les zones d’intervention, l’Assistance alimentaire pour la création d’actifs (Food Assistance for Assets, FFA), un autre volet d’intervention du PAM, contribue notamment à la promotion de foyers améliorés.
Ces équipements peuvent réduire la consommation de combustible et l’exposition aux fumées, selon leurs caractéristiques et leurs conditions d’utilisation. Ils facilitent également l’amélioration des conditions de travail des femmes chargées de la cuisson.
Parallèlement, l’accent est mis sur les pratiques d’hygiène, notamment le lavage des mains avant les repas. La distribution des plats, prévue autour de 9 heures et de 11 heures selon l’organisation des établissements, s’inscrit dans une démarche visant à protéger la santé des enfants et à renforcer les bonnes pratiques alimentaires.
Ainsi, l’alimentation scolaire s’articule avec des actions complémentaires en faveur de la santé, de l’hygiène et de la préservation des ressources naturelles.

Les petits producteurs et les femmes, acteurs du développement local

Le HGSF contribue également à renforcer les activités économiques au sein des communautés rurales. En accompagnant les organisations paysannes dans la production et en favorisant l’utilisation des denrées locales dans les cantines, le programme cherche à créer une relation durable entre l’offre agricole et les besoins alimentaires des écoles.
Les femmes bénéficient, pour leur part, d’un accompagnement dans les activités de transformation alimentaire. Cette composante vise à améliorer la valorisation des récoltes, à limiter les pertes et à créer des possibilités de revenus grâce à la transformation des produits agricoles.
La mise en œuvre de cette approche repose sur une collaboration entre plusieurs acteurs. Le PAM travaille notamment avec l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB), l’Institut de conseil et d’appui technique agricole (ICAT), ainsi qu’avec d’autres partenaires institutionnels, des organisations non gouvernementales et des agences des Nations unies selon les interventions.Cette coopération est déterminante pour renforcer les compétences techniques, améliorer les pratiques de production et favoriser l’appropriation du programme par les communautés.

De 2022 à 2026 : un programme appelé à changer d’échelle

Les données communiquées pour la période 2022-2025 font état de 110 196 écoliers touchés et de 12 630 petits producteurs soutenus. Elles mentionnent également 201 femmes accompagnées dans leur autonomisation grâce à la transformation alimentaire, 12,5 hectares de jardins scolaires aménagés et 50 unités d’élevage produisant au total 10 000 volailles.
Passage à l’échelle à la rentrée scolaire 2025 – 2026, les objectifs annoncés portent sur 70 400 écoliers bénéficiaires dans plus de 200 écoles, 18 000 petits producteurs soutenus, 1 800 membres de coopératives féminines accompagnés dans la transformation alimentaire.
Ces perspectives traduisent la volonté d’étendre les effets du programme, de consolider les liens entre agriculture et éducation et de favoriser une participation accrue des communautés à la prise en charge de l’alimentation scolaire.

Faire de la cantine scolaire un investissement pour l’avenir

L’expérience du HGSF dans ses zones de mise en œuvre met en lumière une réalité : nourrir les élèves peut aussi contribuer à soutenir les producteurs, à créer des activités économiques et à renforcer la solidarité communautaire.
La durabilité de ce modèle dépendra toutefois de la continuité des financements, de la disponibilité des produits agricoles, de l’accompagnement des coopératives et de la valorisation du travail des femmes qui font vivre les cantines au quotidien.
En rapprochant les producteurs des écoles, le programme cherche à inscrire l’alimentation scolaire dans une dynamique de développement local. L’enjeu est de faire en sorte que les repas servis aux enfants ne soient pas seulement une réponse à un besoin immédiat, mais aussi le résultat d’une chaîne de solidarité qui profite à l’ensemble de la communauté.
À travers le projet HGSF, la cantine scolaire se présente ainsi comme un outil au croisement du droit à l’éducation, du droit à une alimentation adéquate et de la promotion des productions locales. Une approche qui entend faire de l’école un moteur de développement pour les générations présentes et futures.

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