Le 11 décembre 2025, à New Delhi, le rituel Ekpesoso du peuple guin a été inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Pour le Togo, cette reconnaissance marque une étape historique : la valorisation mondiale d’un héritage moral et spirituel forgé depuis des siècles sur les rives d’Aného, berceau de la civilisation guin et première capitale du pays.
Une mémoire vivante et un lien entre les générations
Issus de migrations venues de la région actuelle du Ghana au XVIIᵉ siècle, les Guin ont fondé à Aného une communauté reposant sur la solidarité, la foi et la mémoire collective. Inspirés des traditions Ga et institutionnalisés sous le règne du prince Foly Bébé au royaume de Glidji (vers 1680-1690), leurs rituels associent culte des ancêtres, divinités tutélaires et valeurs communautaires.
L’Ekpesoso, moment central du cycle rituel annuel Epé Ekpé, clôt symboliquement l’année et ouvre la suivante : il traduit une volonté de purification, de réconciliation et de régénération spirituelle.
À travers des rites comme le Sédodo, le Situtu ou le Bli Kumama/Nma Dumo, les Guin célèbrent un rapport continu entre le visible et l’invisible. Cette vision du monde, fondée sur l’unité entre l’humain, la nature et l’esprit des ancêtres, est précisément ce que l’UNESCO a choisi de saluer.
Une reconnaissance issue d’un long travail de préservation
Cette inscription récompense plus de deux décennies d’efforts portés par l’Académie du Guingbé et des savoirs endogènes guin et mina, qui a œuvré à documenter les rites, les chants, les symboles et les gestes sacrés.
Elle consacre aussi la résilience culturelle d’un peuple resté fidèle à son identité malgré les bouleversements historiques : traite négrière, colonisation puis dictature.
À travers l’Ekpesoso, la communauté guin réaffirme ses fondations : respect du sacré, transmission de la parole donnée, et conscience que la cohésion sociale est une ressource vitale pour le développement durable.
Une symbolique universelle et contemporaine
Au-delà de son cadre local, le rituel porte un message d’universalité. La pierre sacrée qui apparaît lors de la cérémonie, dont la couleur varie chaque année (blanc sale en 2024 pour la 362ᵉ édition), incarne à la fois les prévisions symboliques de l’année à venir et le lien entre les forces naturelles et humaines.
Les chercheurs y voient un savoir écologique et spirituel ancien, témoin d’une épistémologie africaine fondée sur l’observation, la mémoire et le dialogue rituel avec l’environnement. À ce titre, l’Ekpesoso rappelle que la tradition n’est pas un vestige du passé, mais une forme vivante de connaissance collective.
Une énergie d’avenir
En entrant au patrimoine immatériel mondial, l’Ekpesoso place la culture guin au cœur des réflexions contemporaines sur la durabilité, la paix et la mémoire. Ce rituel, à la fois local et universel, rappelle que les sociétés humaines se nourrissent de gestes, de récits et de valeurs partagées : dignité, harmonie, unité.
Plus qu’une célébration spirituelle, l’Ekpesoso est un appel à la continuité culturelle, une énergie d’avenir capable d’inspirer la cohésion des peuples.
Par Vénavino d’Alvés
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