Le Dr. Gnaka Lagoke ne démissionne pas, il démasque. En quittant le 9e Congrès panafricain, il arrache le rideau d’un spectacle mal joué : celui d’un panafricanisme de salon, mis en scène par Robert Dussey pour flatter le régime Gnassingbé. Le congrès des peuples ? Non. Plutôt le bal des faux prophètes.
Face à la comédie, Lagoke choisit la vérité — et ça, c’est bien plus qu’un départ : c’est une gifle à tous les imposteurs déguisés en libérateurs.
LTG
Voici la lettre de démission
De : Dr. Gnaka Lagoke
Président du Comité Scientifique du 9e Congrès Panafricain
À : M. Robert Dussey
Ministre des Affaires Étrangères du Togo
Artisan du 9e Congrès Panafricain
Objet : Démission du poste de Président du Comité Scientifique du 9e Congrès Panafricain
Excellence,
Je viens par ce courrier vous remettre ma démission au moment où le 9e Congrès Panafricain tire à sa fin et que ce congrès est sur le point de mettre sur pied un comité de suivi pour l’exécution des recommandations de ses travaux.
Je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de servir la cause panafricaine dans une zone contestée, le Togo. J’ai mené le travail scientifique du Congrès pendant deux ans et demi avec plusieurs équipes, y compris avec des cadres de votre ministère. Je remercie également toutes les équipes qui m’ont aidé dans ce travail.
Je remercie tous ceux qui se sont opposés au Congrès et qui ont contribué au débat sans me vouer aux gémonies, et qui m’ont respecté, même s’ils pensaient à tort que je me trompais. J’ai travaillé sur ce projet sans budget et sans salaire pendant deux ans et demi. Par amour pour l’Afrique !
Je vous écris cette lettre de démission non pas de Lomé où se tient le Congrès, mais de Washington, D.C., car je suis absent au Congrès de Lomé à l’aboutissement duquel j’ai travaillé, contre vents et marées. Vous avez sponsorisé la participation de centaines de personnes, mais vous ne vouliez pas que je sois au Congrès. Vous ne me donnez aucun choix que de donner des clarifications sur mon absence et d’éclairer la lanterne des parties prenantes et des personnes que j’ai persuadées d’y être. Alea jacta est !
Vous avez prémédité, planifié et orchestré de façon sordide mon absence au Togo. Depuis un an, vous avez rompu les communications directes et indirectes avec moi. Vous avez, à sept reprises, décidé que celui que vous avez nommé Président du Comité Scientifique ne soit ni associé ni convié à des rencontres organisées ou supervisées par votre ministère, censées faire avancer la cause du 9e Congrès Panafricain.
Ce sont :
• Lomé Peace and Security Forum (20–22 octobre 2023 ; 22–24 octobre 2025)
• La Conférence des Afrodescendants à Cuba (décembre 2024)
• Les 140 ans de la Conférence de Berlin en Allemagne (26–28 janvier 2025)
• La Conférence de Londres sur le Panafricanisme et les Réparations (9 avril 2025)
• Le Side Event à l’ONU sur la question de la réparation (septembre 2025)
• La Conférence sur les Crimes de la Colonisation en Algérie (30 novembre–1er décembre 2025)
Et pourtant, j’ai continué à travailler sans relâche sur plusieurs aspects de la préparation du Congrès, au-delà de son aspect scientifique.
Depuis l’année dernière, vous refusiez déjà que mon nom soit sur le programme du Congrès. Vos collaborateurs, à trois reprises, vous ont suggéré que j’intervienne au minimum pendant la cérémonie d’ouverture. À trois reprises, vous avez trouvé des arguments fallacieux pour rejeter leurs propositions.
Ne pas me mettre au programme ne vous suffisait pas. Vous ne vouliez pas que je sois à Lomé. Personne ne croit que le travail intellectuel du Congrès ait été fait par vous, qui appreniez de ma bouche le nom de George Padmore pour la première fois en 2023. Vous n’avez pas eu le courage de me démettre. Vous vouliez me pousser à la démission.
Je vous ai laissé faire, vous donnant l’illusion que vous étiez le maître du jeu. Ainsi, je déjouais votre plan. J’ai voulu que soit enregistré dans les annales de l’histoire que le Ministre Robert Dussey, architecte du 9e Congrès Panafricain, a sponsorisé la participation de centaines de personnes au 9e Congrès Panafricain du 8 au 12 décembre 2025, et qu’il ne voulait pas de la présence du Président du Comité Scientifique dudit Congrès que lui-même a nommé.
Je suis resté pour avoir une marge de manœuvre dans le projet, pour introduire ma perspective des choses, pour faire avancer ma vision du panafricanisme reposant sur la philosophie Ubuntu, et pour donner la possibilité à tous ceux qui voulaient participer à ce projet de le faire de par mon canal.
Une cinquantaine de personnes de mon réseau sont au Togo, contribuant aux débats. Je suis resté pour soulever avec vous et vos collaborateurs le cas des violations des droits humains au Togo et partout en Afrique. Je crois fondamentalement en la rédemption humaine. Pour moi, ce congrès avait le potentiel d’être une plate-forme de débats où l’on pouvait discuter de tous les sujets, même de ceux qui fâchent.
Vous avez le complexe du soleil et vous vouliez briller seul. Ma présence tamiserait la luminosité que vous espériez avoir. Vous croyiez m’atteindre et m’éteindre. Vous avez mis le sceau de la jalousie, de la méchanceté, de l’ingratitude et de la forfaiture sur le 9e Congrès Panafricain, frappé dès le départ du péché originel et du délit de manque de crédibilité.
J’ai voulu être de ceux qui voulaient lui apporter un peu plus de crédibilité. Comment prétendez-vous construire le panafricanisme avec de telles anti-valeurs ? Voici l’image que vous avez voulu donner du leadership africain ! L’Afrique est vraiment malade de ses hommes politiques. Et là, je cite le titre du livre que vous-même avez écrit.
Bien que sachant que je n’allais pas être au Togo, malgré le summum de l’infamie dont vous avez fait preuve en insinuant que je serais à la base des fuites des données (3 décembre 2025), j’ai pris de la hauteur. J’ai continué à encourager les gens à y participer et à assister le projet là où je le pouvais.
J’ai passé plusieurs heures par jour à essayer de convaincre certains qui ont eu peur, du fait de la campagne des opposants togolais contre le congrès, ou ceux qui ont su que je ne serais pas au Togo. J’ai pu en convaincre certains, d’autres non. Et à d’autres encore, je n’ai pas voulu annoncer mon absence, de peur de les décourager à se rendre au Togo. Ils ont appris que je n’étais pas à Lomé, une fois sur place.
Vous avez eu l’idée d’organiser le 9e Congrès Panafricain et j’ai contribué à lui donner vie, par mes propositions sur sa feuille de route, sur son architecture, et par ma contribution scientifique, intellectuelle et communicationnelle.
Ainsi, son architecture se présente comme suit : *La Parole aux Panafricanistes, **les Travaux en Commissions, **la Restitution des Travaux des Pré-congrès, **les Plénières, *les Panels et la Table Ronde.
Quand vous avez validé l’idée des travaux en commission, j’ai œuvré à ce qu’il y ait des commissions sur la *Conférence de Durban de 2001, sur **les femmes, sur **l’enseignement des études panafricaines. La question de la *réparation, dont vous vous faites le chantre de façon opportune et opportuniste, c’est moi qui l’ai introduite dans le projet du Congrès de Lomé.
Tout comme la philosophie Ubuntu, comme idéologie politique du panafricanisme au XXIe siècle, figurant désormais dans certaines résolutions, notes conceptuelles et documents du Congrès.
J’ai proposé que les pré-congrès pour l’Afrique de l’Ouest et pour la Diaspora se tiennent respectivement au Mali et au Brésil. Ce que vous avez validé. Ainsi, ils s’y sont tenus.
Le thème du pré-congrès de la diaspora au Brésil — Souvenir, Restitution, Réparations, Reconstruction — a été une de mes suggestions. Il m’était revenu en novembre 2023 que l’Union Africaine, par le document CDCP/C01/4845/23 du 4 octobre 2023, ne voulait pas que le pré-congrès de la Diaspora soit sur la réparation, au motif que ce thème était le chantier du Ghana.
Au moment où cela semblait acté, j’ai tenu à ce qu’il y ait une réponse officielle de votre ministère pour le maintien du thème. J’ai donc rédigé une réfutation reprise dans un courrier ministériel (N° 0613/MAEIRTE/CAB/AC) envoyé à l’Union Africaine le 4 décembre 2023.
Le mémo justificatif joint à ce courrier, Justification du sous-thème : Mémoires, Restitutions, Réparations et Reconstruction, reprenait intégralement le document que j’avais soumis à votre ministère. Grâce à cela, l’Union Africaine a validé le thème et le pré-congrès du Brésil eut lieu avec succès.
L’idée de la rédaction des projets de résolutions des huit commissions et du projet de déclaration générale vient de moi. J’ai influencé autant que possible leurs contenus, ainsi que certaines notes conceptuelles, tout en reconnaissant les contributions judicieuses de certains de vos collaborateurs.
Ce que je viens de mentionner n’est qu’un aspect de ce que j’ai pu apporter à ce projet, dans lequel j’ai introduit des éminences grises et mobilisé mon réseau relationnel.
L’heure est à l’action et à la cohérence. Cela ne sert à rien d’aller de podium en podium pour clamer le panafricanisme si vos actions sont en déphasage avec ce que vous proclamez. Cela ne sert à rien de parler de réparation si vous êtes incapables de poser de petits actes d’humanité.
Veuillez entendre la clameur publique et user de votre pouvoir pour faire libérer les prisonniers d’opinion togolais et tous les prisonniers d’opinion en Afrique. Vous avez désormais la responsabilité, vous et vos collègues, de changer le système éducatif au Togo et en Afrique, pour enseigner la véritable histoire africaine, les études panafricaines, les épistémologies africaines comme Ubuntu, Nite, Oummah, Maaya.
Une fois le Congrès terminé, il devient le miroir de tous les régimes africains, notamment du Togo.
Pour finir, M. le Ministre, mon héritage intellectuel et politique dans le panafricanisme a été déjà bien établi avant que vous ne vous donniez le sentiment de m’avoir mis à la lumière.
Je n’ai pas eu besoin d’être ministre pendant deux décennies pour que mon nom soit donné à une rue à Abidjan, dans mon pays, la Côte d’Ivoire, près des rues *Kwame Nkrumah, *Sylvanus Olympio et Gnassingbé Eyadema — et cela sous le régime du Président Alassane Ouattara.